Un accordéoniste défend l'Amazonie en chansons sur la rivière Jurua


Depuis plusieurs années maintenant, mais aujourd’hui plus que jamais, on peut constater une mobilisation grandissante pour défendre l’Amazonie face aux assauts politiques et économiques qui grignotent, mètre par mètre, l’Amazonie. Habitués à l’activisme des ONG écolos, on en oublierait presque que la résistance des communautés locales s’organise et se montre de plus en plus forte et efficace. Chacun défendant sa forêt à sa manière… et avec ses moyens !

C’est le cas d’Eder Rodrigues do Nascimento, accordéoniste sexagénaire et qui veut sensibiliser la population contre la déforestation et le changement climatique avec ses seules armes : son instrument, sa voix et ses textes !

Chantant au fil de la rivière Jurua, un affluent de l’Amazone dans la région de Carauari au Brésil, il vogue de village en village et pagaie des journées entières en chantant des vers sur la protection de l’Amazonie, sa musique retentissant jusqu’à la cime des arbres et agissant comme la voix de la forêt quand il entonne « La nature dépend de nous, laissez-la vivre, le monde entier vous remercie, avec la plus grande joie ».

« Eder l’accordéoniste », comme il aime à se faire appeler, se sait impuissant contre les exploitations de déforestation ou d’orpaillage illégal, mais il est l’un des symboles de la résistance de ceux qui vivent en harmonie avec la nature. « Dans mes chansons, je parle de la préservation de la nature. Je donne des conseils pour que tout le monde fasse comme moi : ne pas brûler la forêt, ne pas polluer l’eau, ne pas couper d’arbres. Il faut laisser les arbres, ce sont eux qui vont sauver le monde. »

Vivant à Boa Vista, localité située dans la réserve naturelle de Uacari, dans une communauté qui vit essentiellement de la pêche et de la cueillette, ce troubadour au visage buriné et émacié a décidé de résister, à sa manière, pour sauver ce qui peut encore l’être : « La terre est en train de devenir sèche à cause de la déforestation. Ça nous inquiète beaucoup parce que nous vivons dans la forêt. Parfois, on voit arriver des maladies que personne ne connaît et parfois les gens meurent sans qu’on en sache la cause ». Des paroles encore plus lourdes de sens alors que l’épidémie de coronavirus frappe durement les communautés de l’État d’Amazonas, où vit Eder.

C’est avec une lueur d’espoir qu’il évoque la réaction des jeunes à ses chansons quand il fredonne « Ceux qui visitent l’Amazonie se rendent au paradis, ceux qui y habitent y sont déjà, si tu veux connaître la biodiversité, viens avec moi »

Une belle voix poétique qui parcourt parfois d’incroyables distances sur la rivière Juara pour transmettre la bonne parole, et qui vient s’ajouter à toutes celles qui s’opposent à la politique et à la complaisance du président Bolsonaro envers les compagnies minières et les exploitations industrielles agro-alimentaires qui accélèrent, de jour en jour, le déboisement et les incendies de forêt… et menace très dangereusement l’incroyable biodiversité de la forêt !

Voilà en tous cas une voix que nous ne pouvions pas ne pas vous faire entendre…

Source : AFP