Le paradoxe Machu Picchu : entre désir de préservation et tentation de l'exploitation...


17 janvier 2020 - 260 vues

La cité inca du Machu Picchu est au coeur d'un véritable dilemme pour les autorités péruviennes et les gouvernements succesifs, faisant même s'opposer des ministères sur les priorités à privilégier.

Inscrit dès 1983 au Patrimoine Culturel de l'Humanité par l'UNESCO, et reconnu en 2007 comme l'une des 7 nouvelles merveilles du monde, le Machu Picchu, qui reçoit la visite de 4 000 touristes par jour, a reçu cette année le titre de "Meilleure attraction touristique du monde" par les World Travel Awards... Tout le paradoxe "Machu Picchu" en une phrase : comment concilier la reconnaissance culturelle et historique, l'importance de la préservation et de la conservation du site, et l'incroyable attractivité touristique du lieu dont dépend en grande partie l'économie de toute une région ?

C'est la question cruciale qui est au coeur du débat qui anime depuis plusieurs mois toutes les parties constituantes du Pérou.

Au mois de mai 2019, alors que la Direction décentralisée de la Culture de Cuzco préconisait de limiter l'accès aux touristes à seulement 15 jours au mois de mai sur 3 des secteurs les plus sensibles de la citadelle, et que des tests étaient effectués pour améliorer la conservation des lieux emblématiques (comme le Temple du Soleil, le Temple du Condor et la Pyramide de l'Intiwatana), le Ministère du Commerce extérieur et du Tourisme commandait une étude pour faciliter encore l'accès des touristes au Machu Picchu.

Ainsi, des solutions comme la création de téléphériques ou d'ascenseurs étaient évoquées pour emmener toujours plus de touristes sur le site. Pire encore : au début de l'été était présenté le projet de construction d'un aéroport à Chinchero, à l'embouchure de la Vallée Sacrée, entre le Machu Picchu et Cuzco, histoire de désengorger cette dernière et amener les touristes au plus près des Incas.

Mais est-il possible de ne penser qu'au développement touristique et économique d'un site datant du XVe siècle, que ses bâtisseurs avaient justement construit à l'abri de toute incursion, dans un lieu construit à flanc de montagne, culminant à plus de 2 400 mètres au milieu d'une réserve naturelle de 35 000 hectares ?

Sans doute pas au regard des nombreuses mobilisations d'opposition à ces projets d'aménagement, et encore moins si l'on tient compte des plus ou moins récents incidents qui ont écorné l'image de ce site mythique, mais qui ont surtout démontré la vulnérabilité de ses sols. Ainsi, en 2004, suite à de fortes pluies, 3 personnes y avaient perdu la vie à cause d'un glissement de terrain. En 2010, ce sont 2 500 touristes qui, suite à un épisode cataclysmique, s'étaient retrouvés pris au piège dans la cité inca, et avaient été obligés d'être rapatriés par hélicoptère sur Cuzco.

Même si les projets ne sont pas abandonnés, il semble qu'une prise de conscience en haut lieu ait choisi de prioriser tout d'abord la conservation et la sécurité du lieu. Ainsi, jeudi 9 janvier 2020, le Président péruvien Martin Vizcarra a annoncé qu'un million d'arbres seraient très prochainement plantés pour préserver la citadelle inca des glissements de terrain et pour renforcer les sols.

Une première victoire pour le patrimoine et pour la planète ! Mais la bataille n'est pas finie...

Source : ActuLatino / PositivR

 

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