Une ville du Costa Rica accorde la citoyenneté aux pollinisateurs et aux végétaux


27 mai 2020

Chez CAPSAO, nous vous avons souvent vanté les mérites du Costa Rica, que ce soit pour son volontarisme écologiste ou encore son exemplarité en éco-tourisme.

Mais cette fois-ci, c’est une nouvelle à première vue assez loufoque qui nous vient de ce petit pays d’Amérique Centrale, mais qui démontre en fait à quel point son engagement et son dévouement à la reconnaissance de la nature comme entité morale et constitutive de toute vie sont au cœur des décisions politiques, économiques et sociales.

Petit rappel : le Costa Rica, c’est un petit pays de 5 millions d’habitants, coincé entre le Nicaragua et le Panama, constitué d’une côte sur l’Océan Atlantique, une autre sur le Pacifique, et des cordillères volcaniques. S’il ne couvre que 0,03% du territoire mondial avec ses 51 100 km², il abrite cependant plus de 6% de la biodiversité connue de la planète. Grâce au volontarisme politique des trois dernières décennies, la part de territoire forestier est passé de 20% dans les années 80 à 52% aujourd'hui, et 1/4 du pays est devenu officiellement un "espace naturel protégé". Enfin, l'énergie du pays est désormais issue à 99% de sources renouvelables, et l’objectif du pays est d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Autant dire qu’au Costa Rica, on ne fait pas que parler d’écologie… on la met au cœur de la société. Même si tout n’est pas toujours rose non plus… la faute à un exode rural inédit et à une sur-urbanisation - entre autres de sa capitale San José - qui augmente la pollution et induit une dégradation du niveau de vie en centre-ville et en périphéries.

Mais au lieu de subir la situation, certaines communes costariciennes ont fait le pari du contrepied en accélérant la transition écologique des espaces urbains et leur résilience. Ainsi, la localité de Curridabat (connue aussi sous le nom de « Ciudad Dulce »), en banlieue de San José, a choisi « d’étendre la citoyenneté aux pollinisateurs, aux arbres et aux plantes indigènes » faisant de ce territoire où la nature n’avait plus droit de cité « un refuge pionnier de la faune urbaine ».

Oui, vous avez bien lu : les abeilles, les papillons, les chauves-souris, les colibris, les grenouilles ou encore les figuiers ou les eucalyptus sont devenus des citoyens de la municipalité de Curridabat ! Cette mesure assez étonnante permet ainsi à la municipalité de considérer officiellement toutes ces espèces comme essentielles au bien de la communauté (production d’oxygène, épuration des eaux, pollinisation, biomasse) et de les protéger par de nombreux droits, ce qui permet dorénavant de les défendre… comme tout citoyen !

Même si elle paraît loufoque, cette mesure municipale révèle en fait un engagement inédit en faveur de la défense de la biodiversité, et appuie un projet plus large de faire de chaque rue de Curridabat un véritable corridor biologique et de chaque quartier un écosystème local. Bref, une véritable connectivité écologique entre toutes les parties de la ville !

Cet engagement d’octroyer des droits aux animaux et aux plantes affirme aussi le geste fort et fondateur de « mettre fin à la souveraineté de l’homme sur la nature et renverser la distinction millénaire entre personnes et choses, entre humains et non-humains », et renforce la notion d’écocide, de crime contre l'écologie.

On ne peut que placer beaucoup d’espoir dans des mesures comme celle qu’a entérinée Curridabat, car elle rappelle que le droit de l’environnement est en train d’évoluer, que les mentalités sont en train de changer pour rejoindre, peu à peu, celles des peuples premiers qui ne font pas de distinction entre l’humanité et son environnement.

Source : Lareleveetlapeste.fr

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